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Abdellah Taïa ou la quête de la liberté

mercredi 5 septembre 2012, Anne Bocandé

Parmi les centaines de livres de cette rentrée littéraire, Afriscope vous recommande le nouveau roman d’Abdellah Taïa. Une plongée dans le Maroc des années 1980 à travers Slima et son fils, deux marginaux dans une société muselée par les apparences et les moeurs.

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Prostituée, Slima occupe une chambre dans le quartier populaire de Hay Salam à Salé, une ville moyenne de la côte atlantique marocaine. Elle ne se cache pas. Surtout pas à son jeune fils d’une dizaine d’années. A ses questions, elle lui répond naturellement : « C’est comme ça, mon fils. Je suis née pour cela. Vivre nue. Ne pas avoir peur d’être nue pour les autres. Je n’ai pas honte. » Esprit libre dans une société prisonnière de codes familiaux traditionnels, fermement protégés par le roi Hassan II, Slima est rejetée.

Un autre possible

Ballottée de son village natal jusqu’en Egypte où elle espère une vie meilleure, Slima partage chaque instant de son quotidien avec son fils. Il l’aide à séduire les hommes et grandit dans cet univers masculin, en quête d’un idéal patriarcal qu’il n’a pas. Pendant deux ans, il se projette à travers un soldat, mobilisé pour combattre le Front Polisario et sauvegarder ce territoire devenu une « fierté marocaine ». C’est un client de sa mère. C’est aussi le sien. Avec lui il s’évade de sa condition de paria, affiliée à celle de sa mère pour rêver à un autre possible. Un autre possible qu’incarne la « madone » Marilyn Monroe, héroïne du film américain River of No Return, que Jamal visionne à répétition. Il promet au soldat d’apprendre la chanson par coeur. Puis le soldat s’en va. Le jeune homme grandit. Sa mère l’éloigne volontairement. Il s’arme contre la misère et la solitude. Ses pas le conduiront bientôt en Belgique auprès d’un vieil homme malade qui lui apprendra sa vision de la religion.

Au coeur d’un Maroc en pleine mutation

En filigrane de cette histoire familiale, Abdellah Taïa explore des thématiques qui lui sont chères : celles de la liberté humaine et de la sexualité. Mais aussi celles de la politique et de la religion. Le rapport à la foi est très présent dans ce nouvel opus du jeune auteur marocain, interrogeant l’histoire d’une religion millénaire et de sa dérive radicale ultra-médiatisée en Occident. Ecrivain francophone, Abdellah Taïa s’illustre une nouvelle fois par son verbe ciselé, à la fois cru et poétique. Celui qui avait promis de faire entrer le quartier Hay Salam de son enfance dans la littérature, y fait une plongée remarquée qui ne laisse pas indifférent. Une oeuvre à dévorer pour faire une rentrée pleine de sens !

Infidèles, Abdellah Taïa. Editions du Seuil. Septembre 2012.

Extrait choisi

« Elle faisait son travail. Des hommes. Encore des hommes. Des Blancs. Parfois, mais rarement, des Noirs. Elle avait beaucoup de succès. Après l’école, dans ma chambre bleue, je regardais la télévision. Dans sa chambre verte, ma mère bossait dur. Je ne m’ennuyais jamais. Je faisais le ménage et la cuisine. Ma mère s’occupait du reste. Les années à Hay Salam, c’était l’âge où tout allait être redéfini. Mon rôle. Le sien. Ce qu’on allait faire à deux, séparés, communiquant à travers le mur qui liait ma chambre à la sienne. » Infidèles.

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