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Bally Bagayoko, élu de la République

lundi 15 septembre 2008, Ayoko Mensah

À 36 ans, Bally Bagayoko est maire adjoint de Saint-Denis et vice-président du Conseil général de Seine Saint-Denis. Français d’origine malienne, laïc et musulman, militant associatif et basketteur, il revendique sa richesse identitaire. Retour sur son parcours et sur ses responsabilités.

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Vous êtes né à Levallois Perret et avez grandi à Saint-Denis dans les années 1980. Quel était votre contexte familial ? Mon père était mécanicien. Ma mère enseignante, mais en France, trouvant difficilement du travail, elle faisait des ménages. J’ai grandi en France mais aussi un peu au Mali, de ma première à ma sixième année, puisque mes parents étaient retournés y vivre. Ils sont ensuite revenus s’installer à Saint-Denis. J’y vis depuis l’âge de sept ans. J’ai six frères et une sœur.

Votre jeunesse ressemble-t-elle à celle des jeunes Dionysiens d’aujourd’hui ? Nous vivions dans une cité HLM mais c’était différent. Je voyais des grands frères qui travaillaient. Aujourd’hui, dans la même configuration, ce n’est pas le cas. C’est beaucoup plus compliqué au plan économique. Je n’avais pas non plus le sentiment de « non-reconnaissance de soi »… C’est en abordant la vie professionnelle que je me suis rendu compte que d’autres paramètres jouaient. Pas seulement pour les Français blacks ou beurs, mais pour toute personne venant des cités. Aujourd’hui, on parle beaucoup des discriminations. On a l’impression que davantage est fait pour lutter dans ce domaine. Pourtant, dans les faits, on s’aperçoit paradoxalement que c’est plus difficile. De plus en plus de jeunes Français noirs sont diplômés et confrontés à des problèmes d’emploi. Ce n’est pas une question de qualification… Pour ma part, je n’ai jamais adhéré au discours défaitiste. Le défi selon moi consiste précisément à parvenir à faire valoir nos compétences.

Vous avez d’abord été militant associatif avant de vous engager en politique. Comment s’est construite cette transition ? Il faut rappeler que lorsque je suis rentré du Mali, je parlais essentiellement Bambara pas français. Il a fallu que j’apprenne cette langue. Cela n’a pas été très compliqué. Une fois que je l’ai maîtrisée, je me suis ouvert à mon environnement. Très vite, j’ai été passionné par le sport. Je suis entré dans une association sportive. J’organisais des tournois de foot dans mon quartier, puis à l’échelle de la ville. Ma première reconnaissance sociale vient du sport. Ensuite, je me suis investi dans le soutien scolaire. J’en avais moi-même bénéficié. Ca me paraissait normal de prendre la relève auprès de nos plus jeunes. Cet engagement n’avait pas de finalité politique. Ca ne me traversait pas l’esprit. Je ne suis pas issu d’une famille de politiques. De plus, l’engagement associatif était à mes yeux tout aussi valable qu’un mandat républicain. Ma transition en politique s’est faite parce que des personnes m’ont fait confiance. C’est un jeu de rencontres. D’abord avec Jacques Marceaui puis avec Patrick Braouzecii. Ce sont tous deux mes « mentors » : le premier pour la sphère publique, le second pour la politique. L’organisation de tournois sportifs m’a progressivement amené à m’impliquer dans la vie locale. Jusqu’à ce qu’en 2001, je rejoigne en tant que conseiller l’équipe de Braouzec, alors maire. En 2002, je deviens maire adjoint.

Officiellement, vous êtes sans étiquette politique. Vous n’êtes membre d’aucun parti. Pourquoi ce choix ? Dans ma famille, je n’ai pas baigné dans la politique mais dans des valeurs. J’ai toujours considéré les valeurs au-dessus des partis. A partir de là, j’ai choisi d’entrer dans l’équipe municipale tel que j’étais : avec mon engagement, mes incompréhensions mais surtout les valeurs que je portais et que je reconnaissais dans le projet politique de Braouzec. Bien sûr, je ne nie pas le rôle important des partis. Mais pour ma part, bien que je partage des valeurs avec certains d’entre eux, je ne m’y reconnais pas. Je pense que l’on peut se situer en dehors et faire de la politique.

Quelles sont les valeurs dont vous vous réclamez ? Etant issu d’une famille nombreuse, la solidarité est pour moi un axe majeur. Il y a également le dépassement de soi, que m’a amené le domaine sportif, et… la logique de lutte. Nous avons été très tôt armés pour faire face aux difficultés. Mes parents et la vie m’ont appris à avoir confiance en mes qualités. Pas question de se prostituer parce qu’on ne fait pas partie d’un modèle, ni de subir un modèle social auquel on ne croit pas. Je suis fier de ce que je suis : Français, Malien, noir, marié à une Tunisienne… L’approche religieuse compte également. Je suis laïc et musulman. C’est tout cela ma richesse.

Comment gérez-vous cette diversité identitaire ? La percevez-vous comme un atout ou un handicap social ? Tout d’abord, je ne me sens pas atypique. Je suis persuadé qu’une grande majorité de la société est traversée par la diversité. Il est vrai que ce peut être un handicap... Pourtant, je suis persuadé qu’aujourd’hui ce modèle social est le plus proche de la réalité. Cette diversité me caractérise, dans ce que je suis comme dans ce que je fais. Parallèlement à mon mandat d’élu, j’ai tenu à conserver mon activité professionnelle, même si je ne peux plus l’exercer à temps plein. Je suis chargé d’études en développement territorial à la RATP. Je tiens à mon triple engagement : associatif, professionnel et politique. Je ne veux pas être un spécialiste de la politique.

En mars dernier, vous vous présentiez aux élections cantonales. Vous avez été élu avec plus de 40% des voix. Vous êtes aujourd’hui vice-président du Conseil général de Seine Saint-Denis. Comment avez-vous vécu votre campagne électorale ? Pour faire cette campagne, il a fallu une fois de plus qu’une personne me fasse confiance. Didier Paillard (maire communiste de Saint- Denis, ancien conseiller général, qui n’a pas souhaité se présenter à nouveau) m’a proposé d’être le candidat du rassemblement de la gauche pour cette élection. Après une longue réflexion, j’ai accepté, car cela était une expérience à vivre. Mais en faisant cette campagne, j’ai entendu toutes sortes de choses. Beaucoup de gens n’arrivaient pas à croire à ma candidature... pour eux, c’était tout simplement impossible !!! Cela en dit long sur leurs représentations ou sur leur désabusement. Pour d’autres, j’étais « le Black de service », l’encart publicitaire... C’est dur. Auprès du monde politique comme des citoyens, j’ai dû faire valoir mes compétences pour être reconnu comme un homme politique comme les autres, mais en même temps avec ma spécificité. Globalement, ce qui m’a marqué, ce sont les énormes attentes des gens dans les quartiers. Ils s’exprimaient sans avoir nécessairement conscience des limites des fonctions politiques. Les attentes sont tellement grandes et les responsabilités tellement diluées.... Je garde aussi de bons souvenirs, dans la construction collective avec les gens, les partis politiques de gauche et le mouvement associatif, qui ont porté cette candidature de transformation sociale au sein de l’assemblée départementale où beaucoup de travail m’occupe.

Il y a encore très peu de Noirs à des postes de responsabilité politique en France. Que pensez-vous de cette absence ? Lorsqu’on confronte la diversité de la société française à la représentation politique de la République, on perçoit un malaise. Ce malaise n’est pas propre au champ politique : il traverse d’autres sphères de la société. Regardez les cadres dans les grandes entreprises. C’est un problème global. Pour ma part, je suis le seul Noir au Conseil général ! Pourtant, faire société, cela veut dire prendre en compte les différents modèles sociaux. Cette difficulté à prendre en compte la diversité aux plus hauts niveaux vient, me semble- t-il, de l’histoire coloniale de la France. Aujourd’hui, on reconnaît les compétences de certaines populations jusqu’à un certain seuil... celui de l’accès au pouvoir. Les situations évoluent lentement... mais de manière disparate. Pour que les choses changent vraiment, il faudrait deux leviers. D’une part, une réelle volonté politique. D’autre part, il faut également que les Français noirs s’autorisent à briguer des mandats républicains, à entrer en politique et ne pas regarder le train passer quand ils en ont les capacités. Mon rôle est d’encourager et d’aider d’autres personnes issues de la diversité à s’engager dans ce domaine, car une société ne peut évoler sans la prise en compte de tous.

Vous êtes maire adjoint en charge de la jeunesse. Quelles actions menez-vous à ce titre ? À la mairie, notre volonté est d’intégrer les jeunes comme des acteurs de la ville. Ils représentent 25% de la population de Saint-Denis. Cette jeunesse est dynamique mais elle connaît aussi des difficultés, notamment dans le domaine de l’emploi. Nous travaillons essentiellement sur deux axes. D’une part, connecter la jeunesse au développement économique du territoire et d’autre part, travailler sur son image, sur sa valorisation, loin des clichés médiatiques qui en sont souvent donnés. Malamine Koné, Grand Corps Malade, Kool Shen et Joey Starr sont Dionysiens ! Les attentes des jeunes sont très fortes. Étant moi-même issu des quartiers, je sais qu’ils comptent sur moi !

Comment voyez-vous l’avenir de la France ? La France est un pays qui marche de plus en plus à l’envers. Où les cris de la population n’ont plus aucun sens, où la pauvreté devient banale, où les puissances du capital sont reines avec la bénédiction de la majorité gouvernementale en place au détriment des salariés, où l’individualisme est entretenu. Il est urgent que les choses bougent, que la France s’ouvre réellement à sa diversité sociale et culturelle. Que les gens soient davantage pris en considération. Aujourd’hui, les gens sont éreintés, désabusés, sans perspectives d’avenir. Si la situation n’évolue pas par les urnes et qu’une réelle force alternative à gauche du parti socialiste ne se crée pas, alors les logiques de violence et de communautarisme vont finir par l’emporter.

Bally Bagayoko en quelques dates

1967 : Arrivée du père de Bally Bagayoko en France.

31 juillet 1973 : Naissance à Levallois-Perret.

1974-1980 : Vit à Bamako où ses parents sont retournés s’installer.

1980 : La famille Bagayoko retourne en France et s’installe à Saint-Denis.

1999 : Obtient son brevet d’État d’éducateur sportif.

2000 : Obtient une maîtrise de sociologie urbaine.

Mars 2001 : Premier mandat d’élu local, comme conseiller municipal du maire de Saint-Denis Patrick Braouzec.

2002 : Obtient un DESS de Géopolitique. Devient maire adjoint de Saint-Denis.

Juin 2004 : Se marie à une Française d’origine tunisienne.

Août 2005 : Naissance de son premier enfant.

Novembre 2007 : Crée son blog : www.bally2008.fr

Mars 2008 : Élu au Conseil général de la Seine Saint-Denis et maire adjoint de Saint-Denis chargé de la jeunesse.

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Commentaires (4 Messages de forum)

  • Bally Bagayoko, élu de la République 9 juillet 2010 22:38, par JCP

    Bonjour Bally

    De passage aujourd’hui à l’agence j’aurais aimé te dire un petit bonjour. C’est chose faite maintenant. Bien amicalement

    Jean-Claude PRADEILHES

  • Bally Bagayoko, élu de la République 10 juillet 2010 12:36, par emilie gomis

    bonjour monsieur Bagayoko. je suis mademoiselle gomis emilie j’habite au 13 place victor hugo enface de la mairie j’ai une dete de loyer de 23.000 euro de loyer la prefecture ma donner un délet de 2 semaine pour payer la somme ou sinon faut que je quitter la maisons avec mais 5 enfantsson scolariser a l’ecole de st denis la cituation et trés difficile parce-que en se momentje travaille pas et le père de mais enfant a quitter le domicile conjugal depuis le mois d’octobre ya un monsieur qui habite dans la quartier que je considére comme mon père je lui et expliquer mon probléme il a fait 1 courier pour le maire de saint denis il vous a meme donner mon numéro de téléphone :le fixe : 01-42-43-85-59 :le portable:06-59-46-58-65. la date d’expultion ses du 1 juillet au 31 aout aurevoir merci

  • Bally Bagayoko, élu de la République 2 septembre 2010 10:22, par daniele.solera@laposte.net

    JE SUIS HEUREUSE QUE LA FRANCE SOIT RICHE DE CETTE DIVERSITE QUI NOUS RESSEMBLE TOUS QUE L’ON SOIT ISSU DE MINORITES VISIBLES OU NON... L’IDENTITE NATIONALE FRANCAISE EST RICHE DE MELANGES, D’ECHANGES DE CULTURE, DE PARTAGE DE CONNAISSANCES ! JE N’ENTENDS PAS SUFFISAMMENT PARLER DES ASPECTS POSITIFS DE CETTE DIVERSITE ! ACTUELLEMENT ON NS MONTRE QU’UN COTE PEUT RELUISANT DE CES MINORITES QUI EN FAIT SONT LA MAJORITE D’ENTRE NOUS. POURQUOI NE PAS DECIDER ENFIN D’EN MONTRER LE POSITIF, N’EST T’IL PAS PLUS ESSENTIEL POUR L’AVENIR DES GENERATIONS FUTURES...

  • Bally Bagayoko, élu de la République 18 juillet 2011 23:35, par samia

    Bravo à toi. tu te démarquais déjà lorsque nous étions adolescent par ta gentillesse, ta grandeur de coeur, ta solidarité, tes prouesses au basket...

    je t ai connu en colonie de vacances à St Jean de Mont. ta grandeur d âme nous a fait devenir amis. par la suite, nous sommes restés amis au lycée. puis perdus de vue, chacun batissant son avenir avec nos rèves, nos valeurs...

    aujourd hui, je tiens à te féliciter de ce que tu apportes aux dyonisiens, ville dans laquelle je suis née, et par laquelle je suis devenue aujourd hui cette femme, au service de patients.

    amicalement, Samia, infirmière.


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