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Bruce Clarke percute

jeudi 8 septembre 2011, Ayoko Mensah

Une fois que l’on a découvert le travail de Bruce Clarke, on vit avec . Ses oeuvres nous habitent, nous questionnent, nous tourmentent et marquent leur empreinte au plus profond de nous mêmes. Cet automne, cet artiste très engagé expose ses oeuvres récentes au Musée des Arts Derniers [1]. Who’s Afraid ?

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Bruce Clarke est lucide. « On vit dans un monde d’images. Soit on abandonne ce champ aux producteurs d’images institutionnels, soit on essaie de prendre sa part, même si c’est à un niveau modeste. Il n’est malheureusement pas question d’inverser le rapport de force des images qui envahissent notre quotidien tant les forces en présence sont immenses mais il est possible cependant de trouver un espace d’expression contestataire, à contre-courant de la pensée officielle. Dans ce sens, j’aimerais penser que mes tableaux représentent une forme de contre-pouvoir, notamment par rapport à l’histoire officielle. »

« Dénoncer la mystification »

L’engagement politique de ce plasticien-photographe d’origine sud-africaine est au coeur de sa démarche artistique. Figure du mouvement anti-apartheid en France où il réside depuis des années (il vit à Saint-Ouen), Clarke ne s’en cache pas. «  L’histoire n’est qu’une série de dominations orchestrées par une minorité au détriment d’une vaste majorité. À chaque étape, un alibi, une justification… (…) face aux vérités imposées, devons-nous rester bouche bée et constater notre impuissance ? Ou n’est-il pas plutôt de notre devoir d’essayer de décrypter et dénoncer la mystification sous toutes ses formes ? » écrit-il en ouverture de son livre-manifeste, Dominations, paru en 2006 [2].

Une esthétique du collage

Cette volonté de déconstruire les mystifications de notre monde contemporain soustend l’oeuvre de Clarke, sans jamais oblitérer sa puissance visuelle : une esthétique très travaillée de la déchirure et du collage. L’un de ses principaux matériaux provient de titres de la presse écrite, française ou internationale. Clarke utilise comme nul autre la page imprimée de journal ou de magazine : un morceau de titre ou d’article, un seul mot devenu énigmatique ou encore un bout d’image dont le sens et la portée sont à réinventer.

Le monde et ses drames humains peuplent ses toiles : exploitations, racismes, esclavages, exterminations... Son travail s’ancre dans les bas-fonds et les horreurs de notre histoire. Il nous prend aux tripes, nous oblige à nous interroger et à repenser notre responsabilité individuelle et collective. Who’s Afraid ? Cette nouvelle exposition au Musée des Arts Derniers présente des oeuvres récentes. Fausses évidences tire de l’oubli le combat de Jack Johnson, champion du monde de boxe auquel on interdit, au début du 20e siècle aux états-Unis, de défendre son titre parce qu’il était noir. Bruce Clarke nous percute une fois encore. Son oeuvre (re)construit à la fois notre regard et notre réflexion.

Who’s Afraid ?

Du 15 septembre au 15 novembre 2011

De 11h à 19h du lundi au samedi / Entrée libre.

Au Musée des Arts Derniers : 28, rue St-Gilles, Paris 3 / 01 44 49 95 70 / www.art-z.net

Notes

[1] Bruce Clarke est représenté par le Musée des arts derniers.

[2] Bruce Clarke, Dominations, collection Savoirs Autonomes, éditions Homnisphères, 224 p., 2006.

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