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Eclectiques musiques à Sons d’hiver

jeudi 6 janvier 2011, Gérald Arnaud

Ce festival aventurier du Val-de-Marne fête ses vingt ans avec un menu appétissant . Plats de résistance : quelques figures charismatiques de la culture afro-américaine et le pionnier de l’afrobeat Ebo Taylor.

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Avec vingt concerts dans une dizaine de villes du Val-de-Marne, Sons d’hiver est devenu un moment fort du calendrier musical francilien. Sa devise est « l’échappée belle » : belle façon, en effet, de résumer une programmation riche en créations, qui vagabonde loin des sentiers balisés et saute les barrières entre tous les genres, du flamenco au hip hop, du free au funk en passant par les formes d’improvisation les plus débridées. Le directeur-fondateur Fabien Barontini se laisse guider par ses enthousiasmes. D’abord un fou de jazz, il a noué des liens solides avec bien des trublions de l’improvisation sur les deux rives de l’Atlantique.

Hommage à James Brown et Miles Davis

Le festival débute (le 21/01) avec le quartet franco-américain de l’intrépide contrebassiste Joelle Léandre et le quintet formé par le génial « gasconcubain » Bernard Lubat dans son propre festival d’Uzeste. Ensuite on entendra en rafale trois des pianistes les plus inventifs de la scène new-yorkaise : Marilyn Crispell (le 25/01) puis (le 28) Matthew Shipp et Geri Allen qui renoue avec une grande tradition du Harlem des années folles en invitant un jeune virtuose de la danse à claquettes, l’épatant Maurice Chestnut. Les grands saxophonistes étatsuniens sont aussi à l’honneur avec Steve Lehman (le 22/01), Chico Freeman (le 1/02) et Steve Coleman (le 8/02).

L’an dernier, l’événement majeur de Sons d’hiver fut la création du délirant « funkopera » du cinéaste-musicien Melvin Van Peebles.

Ce héros de la contre-culture des ghettos - qui préfigura le hip hop dès les années 1960-70 - nous revient (le 5/02) en récitant proto-rapper, ressuscitant la musique de son premier disque, le mythique « Brer Soul » (1968). Le même soir son ami Greg Tate (le plus célèbre chroniqueur culturel « black » aux USA comme en Afrique anglophone) revient aussi à la tête de son superbe big band « Burnt Sugar » (Caramel) pour un hommage à James Brown et au Miles Davis des années 1970. La veille, le groupe du cornettiste Graham Haynes – avec le géant haïtien de la guitare Jean-Paul Bourelly – aura revisité à sa façon « Bitches Brew », l’album de Miles (1970) qui marqua la naissance du jazz-rock…

Retour en vogue de l’afrobeat

Ne manquez surtout pas ce concert (le 4/02 Salle Jacques Brel à Fontenay-sous-bois) dont la seconde partie est consacrée au merveilleux chanteur-guitariste ghanéen Ebo Taylor. Ce fringant septuagénaire, de la même génération que Fela, a comme lui débuté à la fin de l’âge d’or du « highlife », géniale musique de danse qui a été la bande-son de la lutte pour l’indépendance en Afrique de l’Ouest. Ebo a participé aux meilleurs orchestres du genre – Broadway Dance Band, Stargazers, Blue Monks – avant de s’exiler à Londres et d’y inventer, comme Fela, sa propre sauce musicale, aux ingrédients tout aussi divers.

Ebo a 75 ans, et un seul avantage sur Fela : celui d’être bien vivant. Il vit à Saltpond, petite cité pétrolière de la côte ghanéenne, où il a été rattrapé malgré lui (mais ravi) par le tsunami médiatique du retour en vogue de l’afrobeat. Son nouvel album « Love & Death » [1], d’une générosité et d’un naturel aux antipodes des modes glaciales du showbiz du Nord, fait sensation dans les bonnes boîtes de Londres ou de Berlin – bien plus chaleureuses que les sinistres discothèques franciliennes. D’ailleurs Ebo Taylor, à Sons d’hiver, jouera avec Afrobeat Academy, un jeune et torride orchestre « germano-ghanéen ».

C’est justement au Ghana que le saxophoniste-flûtiste globe-trotter Jean-Rémy Guédon (de Meudon) vient d’inaugurer son nouveau trio Ka-Tam, pour cultiver en jazz la richesse rythmique du bèlè martiniquais et du gwoka guadeloupéen. Poursuivant les expériences passionnantes de son orchestre Archimusic en Afrique et aux Antilles, Guédon vient à l’instant où j’allais signer cet article de m’écrire de Kinshasa pour me dire son inquiétude et sa solidarité à propos de la folie meurtrière qui s’empare du pouvoir déchu en Côte d’Ivoire.

La plus belle musique, hélas, ne suffira jamais à faire taire les armes.

Où et quand ?

Festival Sons d’hiver : du 21 janvier au 12 février. Programme détaillé sur www.sonsdhiver.org

Coup de coeur Afriscope : MAH DAMBA

À l’ombre du grand baobab / Sira Jan Kòrò

Les Maliens franciliens (et pas qu’eux) connaissent tous cette gracieuse chanteuse : installée depuis plus de vingt ans à Paris (même si elle séjourne souvent à Bamako) elle est devenue une superstar des fêtes dans les foyers, tout en séduisant un bien plus vaste public. Ce troisième cd, magnifique, démontre combien elle a progressé sur les traces de sa tante Fanta Damba, qui fut la plus illustre griotte du XXe siècle. Quant à son père, le conteur Baba Cissoko, il était le « roi des griots maliens ».

Accompagnée des seuls tambours djembé et tama, Mah lui rend hommage dans le superbe rap traditionnel « Jeli Baba ». Sa voix de contralto tendre et puissante s’étrangle d’émotion dans la chanson qui donne son titre à ce cd dédié à la mémoire du mari de Mah récemment décédé. Mamaye Kouyaté était aussi son alter ego musical et l’un des meilleurs joueurs de n’goni de sa génération. Le chant de Mah continue d’affronter le son incisif de ce luth (ancêtre du banjo) qui a traversé trois millénaires depuis les Pharaons jusqu’à sa version actuelle de plus en plus souvent électrifiée. Vient s’y mêler sur cinq morceaux la contrebasse de Jean-Jacques Avenel, qui parmi les grands jazzmen contemporains est sans doute le plus féru de musique mandingue. Cette musique « tradimoderne » ne cesse de s’épanouir à l’ombre du grand baobab des « musiques du monde ». Mah Damba en est une voix majeure, aussi forte que touchante. G. A.

Notes

[1] Cd : Ebo Taylor « Love & Death » (Strut Records)

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