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La Désintégration de Philippe Faucon

mercredi 18 janvier 2012, Olivier Barlet

L’Arabe, un terroriste ? Philippe Faucon, le cinéaste de Samia, La Trahison et Dans la vie répond. Avec brio. La Désintégration sort sur les écrans le 15 février.

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Le cinéma colonial avait fixé l’image de l’Arabe : un personnage fourbe et menaçant dont il faut se méfier. Les médias cristallisent aujourd’hui volontiers cette image face à la menace terroriste : tout Arabe est un monstre en puissance. N’est-ce pas bien souvent chez les intégristes islamistes que se recrutent les terroristes ? En s’attaquant à cette complexité, Philippe Faucon ne choisit pas la facilité : démonter les stéréotypes mais aussi comprendre la dérive qui mène au terrorisme.

Acuité

Contre les stéréotypes, la seule réponse est humaine, en permettant aux personnages d’exister en esprit et en chair. Ce type de cinéma est forcément documentaire : il puise son acuité dans la spontanéité du jeu d’acteurs sans grande expérience professionnelle, placés en situation pour réagir. La Désintégration campe ainsi trois jeunes d’une cité de banlieue qui se font embobiner par un intégriste qui les pousse à devenir des bombes humaines. L’accent est mis sur Ali (interprété avec une grande présence par Rashid Debbouze, frère de Jamel et dont c’est le premier grand rôle au cinéma) et sur sa famille.

Les échanges avec sa mère (touchante Zahra Addioui, non professionnelle), avec sa soeur, son frère et son père placent peu à peu les causes de sa dérive : dégoûté par le fait que son nom d’Arabe lui ferme toutes les portes pour arriver socialement, il comprend qu’il s’agit là d’une continuité avec ce qu’a connu son père ouvrier. Cette exclusion mène au désespoir puis à la colère. C’est sur cette frustration que l’intégriste Djamel bâtit sa manipulation : de victimes, il propose à ses protégés de devenir les héros d’un islam vengeur et victorieux.

Épure

Faucon prend bien soin de filmer le prêche d’un imam modéré pour y opposer un contre discours, mais il ne s’attache pas à la confrontation : son propos reste comment se bâtit la blessure et la solitude d’Ali, qui va rapidement descendre l’échelle sociale et se couper du monde et de toute joie, pour devenir le jouet d’un destin choisi pour lui. L’espace du film se rétrécit au fur et à mesure que sa propre perspective s’amenuise. L’épure de chaque plan concourt à leur intensité et renforce la présence des personnages, tandis que la tension augmente à la faveur d’un découpage au cordeau avec la préparation du geste fatal. Suivant ainsi l’implacable mécanique avec la précision d’un polar, Faucon échappe à la démonstration « pédagogiste » car il préserve à tout moment la charge humaine : Ali et ses compères conservent leur faiblesse jusqu’au bout.

Les comprendre n’implique ni de leur pardonner ni de les déresponsabiliser, mais les stigmatiser n’aurait servi à rien tant il est aujourd’hui essentiel, face à la pensée du tout-répressif, de démonter les conditions qui concourent à la violence. Ce film contribue avec une impressionnante justesse à prévenir la désintégration de ces hommes de chair et de sang qui constituent notre société.

Lire l’intégrale de la critique sur le site www.africultures.com

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