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Le « cinéma guerrilla » selon Djinn Carrénard

mardi 15 mai 2012, Olivier Barlet

En 2009, Djinn Carrénard parie sur la réalisation d’un long métrage sans budget. Après avoir fait le buzz sur Internet, Donoma est sélectionné à Cannes puis projeté dans les salles suite à une tournée promotionnelle emmenant tous les comédiens dans un bus à travers la France. Retour sur cette aventure de guérilla filmmaking à l’heure où Djinn Carrénard prépare un nouveau film de manière très différente.

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Donoma, c’est l’histoire d’un film « guerilla » avec 150 € de budget, qui a buzzé sur Internet et qui a finalement été sélectionné à Cannes…

Cannes a permis une exposition internationale [1]. Cette sélection nous a aidés à opérer une transition entre le moment de la marginalité et une stratégie de sortie : ce fut un déclic pour entrer dans l’univers du cinéma. On a pu poser toutes nos questions pour savoir ce qu’était un distributeur et ce qu’il fallait faire. Une sélection ailleurs nous aurait sans doute trop exposés alors qu’on n’y était pas préparé.

Toute l’équipe du film s’est ensuite mobilisée pour partir en tournée en bus pour sa promotion : par quel miracle ?

J’avais d’entrée proposé qu’on place l’amusement après le travail. On est partis dans l’estime avant l’affinité. De vrais atomes crochus se sont créés à travers l’effort permanent de tous où chacun apportait sa pierre. Après l’énorme coup de collier de la soirée organisée pour montrer le film au Grand Rex, la tournée a été vécue comme notre premier moment de détente, une espèce de récompense.

Au départ, il n’y a pas d’argent avec l’espoir de se partager les éventuels revenus du film. Est-ce que le succès du film a été source de tensions ?

J’ai toujours anticipé : à chaque rentrée d’argent prévue, on s’est réuni. La grande source de revenu du film était l’achat télé, les autres recettes allant plutôt à rembourser le bus ou ce genre de choses. Quand on a obtenu une avance sur l’achat, je leur ai proposé de se mobiliser pour trouver quelqu’un qui puisse le gérer. Cela a vite été réglé et les premiers versements ont pu avoir lieu.

La transparence était donc la clef du bon fonctionnement des choses.

Voilà. Quand on a décidé de ne pas prendre un distributeur, on l’a étudié ensemble. Je n’irais pas jusqu’à dire que la décision était collective : je suis trop despotique pour ça ! Mais il y a toujours eu une réunion avant de prendre la décision.

Pourquoi vouliez-vous rester indépendants jusqu’au bout ?

J’avais des critères artistiques et je ne voulais pas couper quelqu’un au montage s’il avait bien joué. La longueur du film qui empêche de faire le nombre normal de séances n’était pas pour moi un critère suffisant. La seule façon de maîtriser le processus était de le faire nous-mêmes. Les expositions médiatiques ne nous intéressaient pas si on n’y perdait de nous-mêmes. Il y a plein d’éléments dans le film avec un côté choc qui aurait fonctionné pour la promotion. On ne voulait pas les mettre spécialement en avant. On voulait que les gens aient confiance dans le film sans devoir les racoler.

Vous avez passé le cap des 30 000 entrées en salle, c’est honnête, mais ce ne fut pas non plus un succès phénoménal...

Non, mais les chaînes et le milieu ont compris qu’on était capable d’avoir une solide couverture médiatique. De plus, nous sommes sortis à un moment très difficile : le chiffre n’était pas nul. Ils se sont dit que si sans expérience, avec nos flyers photocopiés, on était arrivé à ce résultat, il y avait un réel potentiel.

Faire son trou avec des moyens promotionnels différents, c’est quand même une énergie folle. On ne peut pas recommencer à chaque film, sinon on meurt jeune, non ?

C’est clair, il faut pouvoir se reposer ! Mais la distribution m’a énormément intéressé et amusé. Je me suis rendu compte qu’une vision artistique sans vision économique était lettre morte. Quand on essuie un échec, on sait pourquoi. Une réussite artistique est très relative : le goût est très indéfini. Mais la distribution, c’est un jeu où on va gagner avec des atouts. J’ai envie de m’y refrotter avec plus de moyens. On avait une série d’idées qu’on n’a pas pu financer.

Et si tu avais des conseils à donner aux jeunes, quels seraient-ils ?

De ne laisser dominer que l’artistique dans la partie production, et ensuite de ne pas mépriser le côté marketing car il est salutaire que les artistes s’y frottent. On peut tirer vers quelque chose de très saltimbanque et le cinéma en sortira grandi. Ce n’est pas parce qu’on a fait un film qu’on doit être sur un piédestal.

Autour de quoi tourne ton projet actuel ?

C’est l’histoire d’un musicien qui est en train de perdre l’ouïe. Il a eu un gros moment de succès dans sa vie. Appartement et compagne correspondent à ça, mais il rencontre une jeune femme qui sort de prison. Il est entre cette vie de succès et une vie de futur faite de déclin, et se demande ce que son art va devenir. Le succès est trop souvent confondu avec l’art.

Et donc, tu as désormais tout le système de production « normal ».

J’essaye de me construire un environnement où je n’aurai pas à passer de Donoma à quelque chose de très encadré. Ce n’est pas évident pour la prod’, mais on va trouver un terrain d’entente ! Il t’a donc cette fois fallu partir d’un scénario bien construit pour les financements. Oui, que j’ai déconstruit ensuite pour écrire ce que je voulais vraiment tourner. La base est commune mais le traitement évolue sans cesse. Avec un tournage démarré le 23 avril 2012, le film devrait être prêt pour le début 2013.

Donoma, le film

Sorti en novembre 2011 dans les salles de cinéma, Donoma (signifiant « Le jour est là ») croise les vies de trois femmes. Une enseignante s’engage dans une relation ambiguë avec le cancre de sa classe de lycée ; une jeune femme déçue en amour décide de sortir avec le premier venu ; la dernière histoire met en scène une jeune fille agnostique qui rencontre un jeune homme un peu marginal et très croyant. Retrouvez la critique de Donoma et l’interview complète de Djinn Carrénard sur africultures.com. Plus d’infos : donoma.fr

Où revoir Donoma

Donoma sera diffusé le 25 juillet prochain en soirée d’ouverture de la 22eme édition du Cinéma en plein air au Parc de la Villette (Paris 19e). Plus d’info : villette.com

Notes

[1] Donoma a été sélection par l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (ACID) en 2010.

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