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Le collectif Tribudom, l’interculturel par ceux qui le vivent

lundi 9 mai 2011, Olivier Barlet

La proximité, c’est la qualité première des films réalisés par le collectif Tribudom et les habitants des quartiers dits « sensibles » de Paris et de la région parisienne. Tour d’horizon.

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Faisant corps avec le réel, ils se veulent davantage chronique que réelle fiction. Ils oscillent entre les relations hommes-femmes et la dureté des conditions de vie liée aux aléas familiaux et économiques. Ils insistent souvent sur l’interculturalité vécue au quotidien, confrontant par exemple Asiatiques et Africains, mais n’en font jamais un cliché : la difficulté de la cohabitation de cultures différentes est au contraire un sujet traité dans sa complexité.

Sincérité

Ainsi, Amer béton de Ludovic Rivalan (13’, 2010) met-il en scène trois personnages déambulant dans les rues de Ménilmontant en solitaire et méditant sur leurs amours déçus ou incertains. Dans Droit dans les yeux d’Elhadj Sidibe (4’19, 2010), une jeune Beure se déclare avec insistance à son ami noir qui ne sait comment gérer ses avances.

Les deux films sont touchants de sincérité, tout comme Reyah ! de Sophie Imbert et Delphine Dumont (11’40, 2008) où les amis d’une femme l’aident à récupérer son mari qui veut retourner au bled. Elle se fait belle pour lui sans succès, jusqu’au retournement final. Dans un autre film sensible, Les Fleurs du silence de Carmen Arza Hidalgo (14’, 2009), une mosaïque d’enfants mutiques trouvent les voies de sortie de leur solitude pour s’exprimer en silence des sentiments amoureux. Les enfants ou adolescents restent le grand sujet, souvent héroïques dans leur tentative d’assumer leur lot de dureté, comme Anaïs dans La Fille seule de Claude Mouriéras (15’16, 2010) qui n’a plus de nouvelles de sa mère et doit s’occuper sans le sou de ses trois jeunes frères et soeurs. La tension inhérente à la situation porte le film qui développe un récit bien conduit dans les tentatives maladroites d’Anaïs de trouver l’argent nécessaire. De même, l’enquête d’un policier sur la mort d’un élève structure Le Bruit du silence d’Atisso Medessou (16’05, 2010) en une série de flashs entre la réalité et la conspiration du silence qu’opposent les élèves aux questions de plus en plus pressantes du policier. Les communications par sms sont jouées par les acteurs dans des scènes originales de même que dans Le Coeur gros de Karim Bensallah (15’53, 2009) des scènes oniriques entrecoupent le récit pour évoquer le ressenti d’Angela, petite fille confrontée à la disparition de son père et la douleur de sa mère.

Épaisseur humaine

La réalité des sans-papiers est évoquée par Kumba, une jeune Ivoirienne qui ne sait comment faire garder ses enfants pour faire des ménages dans C’est à Dieu qu’il faut le dire d’Elsa Diringer (17’, 2010) et par le combat de la coordination des sans-papiers de Paris dans Chacun pour tous de Mona Abdel Hadi, Ivan Basso, Sylvain Piot et Frédéric Rumeau (17’51, 2009).

Ces films du collectif Tribudom ont en commun une épaisseur humaine qui manque à tant de fictions clichés. Issus d’un travail collectif approfondi en ateliers d’aide à l’écriture et d’un réel suivi de production, ils ne sont jamais spontanés mais sont toujours le résultat d’une démarche personnelle démarrée par la réponse à un appel à projets. Leur fragilité et leurs failles expriment mieux que des images bien léchées les réalités dans lesquelles ils puisent leur véracité. Ce sont certes des chroniques mais certains témoignent d’une belle poésie et tous mettent en scène des personnages marquants qui restent ancrés dans les mémoires. Surtout, ces films sont des oeuvres d’aujourd’hui, ancrées dans le réel de l’interculturel et de la diversité, expressions endogènes de jeunes réalisateurs ou réalisatrices qui se saisissent du média cinéma pour dire au monde non seulement leur expérience migratoire ou interculturelle mais aussi leur apport. Ils prennent ainsi une place originale au sein d’un paysage audiovisuel formaté, alternative aux idées reçues, pour proposer à qui veut bien les voir et les entendre une compréhension à hauteur d’homme de leurs vécus.

Le collectif par lui-même

« Nous sommes des réalisateurs, des techniciens, des plasticiens, des photographes, des musiciens (...) et nous travaillons depuis 2002 dans des quartiers dits "sensibles" du nord-est parisien et de la proche banlieue. Les raisons pour lesquelles ces quartiers sont à nos yeux sensibles, ne sont ni sociales ni économiques. Nous les trouvons sensibles, parce qu’ouverts à d’autres cultures, parce que mélangés, parce que dynamiques, agités. Il y a une force, une ouverture, une énergie évidente qui nourrissent nos créations. Tribudom est le lieu d’une confrontation artistique - collective – politique. Nous provoquons des questions et des enthousiasmes nés de la chaleur de rencontres improbables et de l’envie d’inventer de nouvelles formes. »

Plus d’info : www.tribudom.net

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