Les zoos humains, d’hier à aujourd’hui
mercredi 18 janvier 2012, Noémie Coppin
Le musée du quai Branly, à Paris, présente actuellement l’exposition Exhibition, l’invention du sauvage, première du genre en France, retraçant l’histoire des zoos humains. Une scénographie singulière et plus de 500 pièces nous plongent dans cette douloureuse histoire de l’exhibition d’individus considérés comme exotiques en occident. Commissaire général de l’expo : Lilian Thuram, l’ancien champion de foot. visite guidée.
Tout commence en 1492, lorsque Christophe Colomb revient de son premier voyage aux Amériques avec six Indiens et les présente à la Cour d’Espagne. Au fil des années, des milliers de « sauvages » seront ainsi exhibés dans les cours royales. Cette pratique se développe, jusqu’à son apogée, au 19e siècle, quand racisme scientifique et entreprise coloniale ont besoin de se justifier.
Une coupure entre deux humanités
Ces « spectacles exotiques » vont toucher près d’un milliard quatre cents millions de visiteurs dans les expositions coloniales, les jardins d’acclimatation, les tournées de cirque, les foires, sur les scènes de cafés-théâtres ou dans les musées... En cinq siècles, cette pratique se diffuse de l’Europe à l’Amérique en passant par le Japon. Inventer et mettre en scène une coupure entre deux humanités devient un genre à part entière.
L’exposition du quai Branly présente de nombreuses pièces qui en disent long sur la construction du « sauvage » : peintures, affiches, photographies des symboles de ces exhibitions du 19e siècle, notamment « La vénus hottentote » venue d’Afrique du Sud.
L’envers du décor
La scénographie est conçue comme un théâtre. Car le sauvage a eu ses mises en scène, ses accoutrements, ses imprésarios, ses incroyables récits, ses spectateurs assidus. Un théâtre un peu étrange, truffé de recoins, d’ombres aussi. L’envers du décor est effrayant, peuplé de miroirs déformants qui questionnent notre propre regard et notre capacité à nous penser, nous-mêmes, autres.
« On mesure, désormais, comment le racisme, la ségrégation ou les thèses eugénistes ont pu pénétrer les opinions publiques, sans violence apparente, par le divertissement. Pour déconstruire notre regard sur l’Autre, il est nécessaire de décoloniser nos imaginaires », analyse l’historien Pascal Blanchard, cofondateur de l’Achac (Association pour la connaissance de l’histoire de l’Afrique contemporaine) et commissaire scientifique de l’exposition avec Nanette Jacomijn Snoep.
On est tous l’autre, le sauvage de quelqu’un, semble dire Vincent Elka dont la vidéo Qui est votre sauvage ? clôture l’exposition. Roms, homosexuels, handicapés, musulmans, marginaux, l’artiste fait le pont en donnant la parole aux stigmatisés d’aujourd’hui. Un travail salutaire.
Ce qu’en dit Lilian Thuram
« On ne peut pas résoudre un problème si on ne le comprend pas. La connaissance des zoos humains m’a permis de comprendre un peu mieux pourquoi certaines pensées racialistes existaient encore dans nos sociétés. Les cris de singe au stade de foot quand j’avais la balle, par exemple. Comment en est-on arrivé là ? On ne nait pas raciste, on le devient. Et c’est ce processus que perce à jour cette exposition. »
Lilian Thuram est aujourd’hui directeur de sa fondation, Education contre le racisme. www.thuram.org
Où et quand ?
Jusqu’au 3 juin 2012 au Musée du quai Branly : 37, quai Branly 75007 Paris. À noter : les 24 et 25 janvier, colloque international autour des zoos humains, au théâtre Claude Lévi-Strauss. D’autres événements notamment des visites guidées menées par des chercheurs, intellectuels, écrivains sont organisés.
Plus d’info : www.quaibranly.fr - entrée libre







