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Malraux ébloui par la peinture haïtienne

lundi 7 septembre 2009, Gérald Arnaud

Peu avant sa mort en 1975, l’inventeur du « Musée Imaginaire », l’homme qui a tout dit sur l’art, part en Haïti. Il en revient ébloui. Une expo magnifique, au Musée du Montparnasse à Paris, raconte ce voyage au bout de la pensée magique.

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André Malraux n’avait pas le bac : il avait préféré la lecture à l’école. Ce génial autodidacte, issu d’une famille pauvre, a incarné toute sa vie l’idéal d’une culture partagée, démocratique, universelle. Ce qu’il en reste, en France, on le doit surtout à cet inventeur des « maisons de la culture ». On en retrouve l’esprit dans cette exposition réalisée par Jean-Marie Drot, qui semble d’abord modeste, puis prend beaucoup d’ampleur au fil de la visite. D’emblée, on comprend qu’il ne s’agit pas que d’honorer le grand homme, mais plutôt de suivre ses traces dans la découverte d’un art sublime et ignoré, qu’il aura contribué à nous faire admirer…

Un art qui célèbre les esprits

Malraux n’est pas parti en Haïti par hasard. Dès 1966, au Festival mondial des Arts Nègres, son génial « discours de Dakar » affirme que l’art moderne d’Afrique et de ses diasporas est « entré dans l’Histoire ». Dans les coulisses de cet événement, il a été émerveillé par quelques oeuvres haïtiennes, apportées par le peintre Tiga. C’est ce dernier qui neuf ans après invite Malraux en Haïti. Sa santé est catastrophique, on tente de le dissuader, mais en vain.

Personne n’a jamais empêché ce globe-trotter de voyager, et le voici qui débarque à Port-au-Prince le 28 décembre 1975. Dès le lendemain, il suit son idée fixe et prend le sentier escarpé qui mène à Soissons-la-Montagne, et au hameau de Saint-Soleil. Malraux se retrouve enfin parmi cette communauté de peintres paysans qui l’éblouissent et dont il vantera le génie dans son dernier livre consacré à l’art , « L’Intemporel ». Surtout, il assiste fasciné à une cérémonie vaudou, dont les témoins précisent qu’elle n’avait pas été organisée pour lui !

Le vaudou est omniprésent dans cette exposition, à travers les peintures et sculptures qui célèbrent les loas (esprits), de même que les films projetés (ceux d’Anne Lescot et de Jean-Marie Drot). Malraux est très discret, il n’apparaît dans l’expo que par quelques photos et surtout par sa présence immanente, comme si son génie appartenait depuis toujours au chœur des loas, les divinités goguenardes du vaudou haïtien. Et tout autour, un fabuleux festin de couleurs, de grimaces, de lumières, de malheur et de rires : c’est Haïti.

Où et quand ?

Le dernier voyage d’André Malraux en Haïti ou la découverte de l’art vaudou

Du 19 juin au 19 novembre 2009.

Musée du Montparnasse : 21, avenue du Maine 75015 Paris.

Plus d’infos : www.museedumontparnasse.net

Autour de l’exposition

25 septembre : parcours de plasticiens haïtiens à Paris, de Roland Dorcély à Hervé Télémaque

9 octobre : Poésie et théâtre haïtiens, deux genres en résonnance

13 novembre : « Haïti littéraire » : rencontre autour des oeuvres de cinq grands écrivains haïtiens

À voir : Journal de voyage avec André Malraux, 2 coffrets DVD, Doriane Films.

Un centre d’art haïtien permanent à Nice

Avis aux amateurs ! Le Vieux Nice abrite le seul centre d’art haïtien permanent en Europe. Créé par un couple de passionnés, Patrice et Sylvie Dilly, en 1998, l’Espace Loas présente différentes expressions de l’art haïtien : peintures, sculptures, drapeaux, pièces de métal travaillées par les « Bosmetal » selon une technique qui leur est unique. Relativement exigü, ce centre regorge cependant de petits et grands trésors et d’une riche documentation sur l’art haïtien.

Espace Loas : 36 rue Droite, 06300 Nice

Plus d’infos : www.espaceloas.com

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