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Ridan interpelle la République

mardi 15 mai 2012, Anne Bocandé

Au cœur de la présidentielle, Ridan sort son 4ème album. Sur un ton plus révolté que dans les précédents, le chanteur français se dévoile dans Madame la République comme un citoyen préoccupé par les politiques d’intégration.

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« Madame la République française aurais-je le droit de dire ce que j’en pense, si ce n’est pas le cas je le prendrai comme le devoir de ma conscience ! » Nadir Kouidri, alias Ridan, donne avec cet extrait le ton de son nouvel album Madame la République, sorti à quelques jours du premier tour des élections présidentielles. A 37 ans, le chanteur français, qui a fait ses débuts dans la production de chanteurs de rap, signe ici un album volontairement plus engagé et politique. Discret au premier abord, celui qui se décrit en musique comme « le p’tit Arabe de la chanson française / Qui chante la vie des autres dans la langue de Molière » [1] débite avec entrain tout autant ses colères que ses espoirs.

Plus citoyen qu’artiste

« Je me moque de mon image. Je ne veux pas que mon pays devienne facho tout simplement ». Il s’invite dans la présidentielle avec une chanson contre le Front national et prend la Bastille aux côtés du candidat Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche). Défendant également en musique l’idée d’une nouvelle République, Ridan se défend d’être récupéré politiquement : « Je suis simplement aujourd’hui plus citoyen qu’artiste. Je m’oppose aux candidats qui veulent faire croire qu’il y a un bouc émissaire, qui racialise l’extrémisme comme s’il n’était pas de toutes les cultures. »

Un artiste engagé en somme. « Toute création est, selon moi, engagée. Je pose des questions : « Est-ce qu’il y a une place pour la diversité sociale en France ? » Ridan a grandi à Chelles, les histoires d’exclusion, il en parlait déjà dans ces trois premiers albums. Cette fois, c’est de manière plus frontale : « C’est un cheminement. Mon premier album était celui d’un citoyen qui se demande s’il doit faire le choix de sa vie ou celui de ses rêves. Le deuxième explorait la confrontation de l’homme avec la difficulté existentielle. Dans le 3ème, c’est simplement l’acceptation de l’un et l’autre : on doit trouver un équilibre et accepter ce que l’on est. »

Album indépendant

Au quotidien, il soutient ainsi des associations comme ACLEFEU. « La banlieue bouillonne d’idées. On les détruit en faisant un espace de toutes les peurs. » « Votre République d’exclusion est une honte pour la nation tout comme celle d’intégration qui va céder sous la pression » [2] chante-t-il, en dénonçant les politiques qui sous estimaient les révoltes sociales de 2005. Quant à sa vie d’artiste, il l’imagine plus proche de ses préoccupations. Fini les majors. Il a enregistré ce nouvel album de manière indépendante et le vend à « un prix citoyen » : 8 euros. « J’essaie d’être cohérent. Je ne prône pas le changement pour rouler en Rolls et faire deux galas de charité par an pour me donner bonne conscience. » Pour Ridan, « l’art a un vrai rôle à jouer dans la conception démocratique. La culture est primordiale pour l’hygiène mentale. » A quand l’engagement politique ? « L’engagement politique commence à 18 ans avec le droit de vote. Ensuite, j’aspire à ce que le pays change. »


Ridan : " MAdame La République " son nouvel album par afriscop-africultures

Disco express :

2004 : Le Rêve ou la vie (Sony Music) / 2005 : Prix de la Révélation aux Victoires de la musique / 2007 : L’Ange de mon démon (Sony Music) / 2009 : L’un est l’autre (Sony Music) / avril 2012 : Madame la République

Notes

[1] « Le Syndrome du P’tit Beur », extrait de l’album Madame la République.

[2] « Madame la République », extrait de l’album Madame la République.

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