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Rue des cités, la banlieue par elle-même

jeudi 8 septembre 2011, Olivier Barlet

Présenté à la sélection ACID au festival de Cannes, Rue des cités devrait faire date : il échappe au genre « film de banlieue » en multipliant les approches et par son élaboration collective. Sa sortie en salles n’est pas encore d’actualité. Les réalisateurs cherchent un distributeur.

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La banlieue ? La télévision en fixe les images : ghetto infernal où des jeunes immigrés désoeuvrés font la loi et affrontent une police débordée. Rue des cités veut inverser ce regard, et se dire en images plutôt que de laisser d’autres le faire à sa place. Il est signé par Carine May et Hakim Zouhani, deux animateurs sociaux, mais est largement issu d’un travail collectif. C’est d’ailleurs cet ancrage qui fait sa réussite : « On rigolait sur le tournage mais on ne savait pas que ça allait donner un truc aussi beau et poétique », disent-ils.

Croustillants dialogues

Du coup, Rue des cités est polyphonique et aborde tout : l’inanité des médias, le machisme et l’infantilité des hommes, leur vision des femmes, leur désoeuvrement, le décalage des jeunes face à leurs parents, le poids des traditions, les trafics en tous genres, les bagarres, l’autonomie des jeunes filles, l’enfermement urbain et finalement la violence intra-communautaire. Cela donne de croustillants dialogues in situ dont l’autodérision est le moteur diesel. Comme le dit un poète convoqué face caméra en début de film : « je la regarde en face ma ville et je la couche sur un papier ». Entre les slams, les témoignages d’habitants d’Aubervilliers qui restaurent l’histoire du quartier, le regard tendre sur un enfant qui cherche à réparer le pneu crevé de son vélo et de multiples scènes de fiction, c’est tout un imaginaire qui se dévoile, et qui, comme le dit Didier Daeninckx, lui aussi interviewé, permet d’exister.

Dimension imaginaire

Les luttes verbales sont à la fois recul et dérision, pour rendre la vie possible alors que tout se conjugue pour la rendre impossible. On se chambre à gogo, mais c’est une façon de s’affirmer. « C’est là où les jeunes mettent de la création dans leur vie quotidienne », disent Carine et Hakim. Le choix du noir et blanc répond esthétiquement à cette volonté de recul et renforce la dimension imaginaire. Il gomme la saleté, magnifie les lieux et fait rupture avec l’image télévisuelle. Les jeunes qui semblent passer leur vie sur des bancs ou devant les cages d’escalier ont des parents et des grands-parents, des frères et soeurs, des services à rendre et des rôles à assumer - une vie tout simplement, une énergie que ce film capte avec bonheur et qui devrait lui permettre de faire date.

Plus d’info :

Lire sur le site africultures.com l’entretien avec les réalisateurs (article n° 10174). Pour guetter les prochaines projections, rendez-vous sur la page Facebook de Rue des cités.

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