Sadio Bee sublime le pagne
jeudi 6 janvier 2011, Anaïs Agbo
Le « Mix-Tissage », c’est lui ! Sadio Bee a forgé cette expression pour caractériser son style au carrefour des textiles et des continents. Depuis son atelier de la rue Sainte-Marthe, à Paris, il crée une mode internationale qui sublime les textiles en provenance d’Afrique.
Comment êtes-vous devenu créateur ?
À Dakar, mon père couturier travaillait à la maison. Je l’ai toujours vu faire. À 15 ans, je m’y suis mis à mon tour : je me faisais des chemises, des pantalons et des shorts soit en pagne soit en tissu occidental. Quand nous sommes venus en France, j’ai commencé à mélanger les deux types de textile. À cette époque, mon père avait un atelier de couture sur mesure à la Goutte d’Or dans le 18e arrondissement de Paris. Ce que je cousais plaisait à mes amis ; j’ai eu de petites commandes. Puis ma première expo dans une galerie du Marais. Créer est alors devenu pour moi une évidence.
C’est quoi le « Mix-Tissage » selon Sadio Bee ?
C’est métisser les tissus africains et européens. Je travaille le velours avec le bogolan, la soie et le wax ou le coton et le bazin. En ce moment, je commence à expérimenter la maille et le wax, le taffetas avec le batik. Les étoffes africaines ne sont pas faites que pour les boubous ! Elles apportent de la couleur, de la gaieté, de l’expression et de l’originalité aux vêtements. L’idée, c’est de les porter facilement pour aller au bureau ou en soirée. Je réalise deux collections par an.
Pourquoi la notion de métissage est-elle importante pour vous ?
Je suis moi-même métissé puisque ma mère est Sénégalaise et mon père Guinéen. Dans mon travail, c’est très important de ne pas ériger de barrières culturelles. Tout m’inspire : mon enfance à Dakar, ma vie dans les ateliers de la Goutte d’Or ou bien le travail de Christian Lacroix. Dans mes vêtements, tous ces contrastes ne font qu’un. C’est ce qui interpelle, favorise la rencontre. Je fais passer un message de partage, de solidarité et de respect.
Qui s’habille en Sadio Bee ?
Toutes les personnes ouvertes d’esprit qui aiment la mode et l’originalité. Souvent mes vêtements leur rappellent leurs origines ou leur affection pour l’Afrique.
Comment diffusez-vous vos créations ?
J’ai fait des défilés à Londres, Bruxelles et New York, mais pour le moment je n’ai encore qu’un seul point de vente à Paris. Il y a deux ans, j’ai fait mon premier défilé à Dakar. C’était très important et hautement symbolique pour moi. J’ai très envie de développer des collaborations avec des créateurs au Sénégal.
Votre dernière collection s’intitule « Soulève le Pagne ». En quoi consiste-t-elle ?
J’ai eu envie de rendre hommage à ce tissu que j’utilise beaucoup : le pagne. Ma dernière collection explore donc l’histoire du pagne à travers ses différentes formes : tissées, imprimées, teintées, brodées ou décorées. J’ai voulu rendre visible sa diversité et rappeler le rôle social qu’il continue de jouer en Afrique.
Quelles seront vos tendances en 2011 ?
En 2011, je continue à explorer de nouveaux territoires du « Mix-Tissage ». J’aimerais aussi créer une ligne de prêt-à-porter et ouvrir une unité de production en France. Je lance donc un appel à tous les investisseurs ou mécènes qui pourraient me soutenir dans le développement de mon entreprise.
Sadio Bee express :
1970 - Naissance à Dakar
1990 - Arrive à Paris
2000 - Crée la marque Sadio Bee
2002 - Ouvre l’atelier Sadio Bee 12, rue Sainte Marthe à Paris dans le10e
2009 - Premier défilé à Dakar
2010 - Premier défilé à New York
Contact :
Boutique Sadio Bee : 12, rue Sainte-Marthe 75010 Paris - Tel : 06 18 02 16 06 - www.sadio-bee.com
Photographie : Création de Sadio Bee issue de la collection "Soulève le pagne" © Dimitri Finker - www.dimitri.smugmug.com







