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Mamadou M’Baye : « Être français, c’est être moi ! »

vendredi 8 janvier 2010, Christelle Mensah

Tandis que le malaise, voire la colère, autour du débat sur l’identité nationale lancé par le gouvernement ne cesse de croître, Afriscope donne la parole à Mamadou M’Baye. Français d’origine sénégalaise et ancien élève de l’École Polytechnique, il est aujourd’hui consultant, spécialiste des nouvelles technologies et de la gestion de risque bancaire. Il est l’un des contributeurs du livre qui vient de paraître : Qu’est-ce qu’être français ? [1]

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« Identité » et « nation », que vous évoquent ces deux termes accolés l’un à l’autre ?

L’identité est une notion philosophique, morale, similaire à celle de la bravoure ou de la tempérance. Nous n’imaginerions pas un ministère de la bravoure alors pourquoi en créer un de l’identité nationale ? Cette création est symboliquement très forte car, dans l’Histoire, les seuls gouvernements qui ont eu besoin de définir leur identité nationale sont des États totalitaires. Le plus grave, c’est qu’à cette notion est associée celle d’immigration. Cela oriente le débat avant même que la question ne soit réellement posée ! Ce discours idéologique est devenu un argument de campagne politique utilisé par certains. La question de l’immigration est devenue politique.

Un tel débat est-il selon vous nécessaire aujourd’hui en France ?

Il est important de débattre de ces questions mais pas dans le cadre du ministère d’Eric Besson, dont ce n’est pas l’objet. Ceci dit, il y a un réel problème vis-à-vis de l’identité nationale. Beaucoup de gens ne se reconnaissent pas dans la façon dont la France les regarde, alors qu’ils font partie de la société. À mon sens, ce débat devra aboutir sur une nouvelle manière de vivre ensemble. Il faudrait que la société française ressemble un peu plus à ses valeurs : qu’elle soit moins sensible à la couleur de la peau et qu’elle traite les gens de la même manière quelle que soit leur confession, leur sexe…

Pensez-vous que ce débat soit source de stigmatisation envers les populations immigrées ?

En accolant le terme « immigration » à l’intitulé du ministère qui organise ce débat, on l’oriente dès le départ vers certaines réponses, telle que la maîtrise de l’immigration par le gouvernement français. Le débat est donc biaisé. Celui sur l’immigration l’est également. Généralement, dans l’opinion française, l’immigré est toujours africain, et les personnes de couleur nécessairement immigrées. Représentations doublement fausses. D’une part, la majorité de l’immigration en France depuis cinquante ans est d’origine européenne. D’autre part, il y a des Noirs dans la République française depuis fort longtemps, du fait que la France fut une grande puissance coloniale !

Définir une identité nationale, n’est-ce pas finalement un outil au service de l’assimilation à la française ?

À la fin de ma contribution au livre Qu’est ce qu’être français ?, je dis une chose simple : être français, c’est être moi ! Il ne s’agit donc pas d’une question ni d’une notion à délimiter, mais d’un fait à constater. La France, en tant qu’entité, évolue. Elle n’est pas la même qu’il y a mille ans et il faut savoir l’accepter. Le monde se globalise, mais, la France, elle, se recroqueville sur ses vieilles valeurs passéistes. Une nation dans laquelle un enfant peut avoir une mauvaise opinion de lui-même à cause de ses « origines » réelles ou supposées, est une nation qui se crée son propre problème.

Comment définiriez-vous votre identité ?

Je suis Français en France et Sénégalais au Sénégal. Être deux, c’est une chance même si c’est vécu comme un handicap pour beaucoup de gens ici. C’est une richesse pour le pays d’avoir des gens qui parlent le français mais également le wolof, l’arabe, le vietnamien… Ma personnalité sénégalaise s’ajoute à ma personnalité française et cela fait de moi une personne plus complète. Je suis devenu Français à 10 ans. J’ai commencé l’école relativement tard, et pourtant j’ai pu intégrer Polytechnique en tant que Français. La France est comme un corps qui déteste son cœur ou sa main. Que peut-il faire ? Soit il coupe cette main, soit il l’ignore. C’est ce que fait la France aujourd’hui avec une frange de sa population.

Des alternatives au débat officiel

Face à un débat gouvernemental qui donne des réponses plus qu’il ne pose des questions, un grand nombre de personnalités et structures ont décidé de boycotter le débat et refusent d’aborder le sujet. D’autres, au contraire, ne veulent pas prendre le risque de voir une vision monocorde se développer autour d’une question aussi importante. Aperçu de quelques alternatives au débat officiel.

L’appel du collectif « Pour un véritable débat »

Ce collectif rassemble des intellectuels mobilisés autour de l’idée d’un débat « véritable », qui prenne en compte l’histoire coloniale de la France et ses répercussions.

Extraits :

« À la recherche d’une essence nationale, [le débat] exclut du champ du "national" les formes d’altérité qui sont la marque de notre société mondialisée et de sa constante créolisation. »

« Derrière le "débat sur l’identité nationale" se tapit un autre débat, omniprésent, sur le passé colonial de la France et ses héritages dans le présent (immigration, guerre des mémoires, place de l’islam, pseudo-repentance). »

Pour lire l’intégralité de l’appel : www.africultures.com

Le manifeste du 20 janvier

Pascal Blanchard, Marc Cheb Sun, Rokhaya Diallo, François Durpaire, Lilian Thuram et d’autres personnalités lancent mercredi 20 janvier un appel pour une république multiculturelle et post-raciale. Extrait :

« Alors que le débat sur "l’identité nationale" s’impose au pays, la société française se heurte à un défi majeur : comment ouvrir la République à tous les citoyens qui la composent ? Afin d’initier un mouvement en mesure de tracer la voie du changement, les auteurs de l’Appel ont recueilli 100 propositions constructives, (...) pour que la "diversité" ne reste pas une bonne intention cantonnée à un dossier à part, un "terme à la mode". »

Conférence de presse le 20 janvier à 11h30

Musée Dapper, 35bis rue Paul Valéry, 75116 Paris

Africultures s’engage

Depuis sa création en 1997, notre association prône une conception plurielle et ouverte de l’identité. Aussi nous avons décidé de profiter de l’agitation autour de la question pour défendre cette conception. Notre site africultures.com vous invite donc à prendre part à un débat alternatif sur le sujet. Africultures est signataire du collectif « Pour un véritable débat ». Afriscope a choisi d’aborder le débat dans ces pages et d’organiser son cinquième forum citoyen le 17 février prochain autour de la question « "Identité" et "nation", un mariage forcé ? ».

www.africultures.com

Notes

[1] Qu’est ce qu’être français ? Institut Montaigne, Éditions Hermann, novembre 2009. Ce livre réunit 19 contributeurs

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Commentaires (1 Message)

  • je crois que ce sont les gens de couleur qui creent leur propre malaise. La question sur l identite nationale, telle que presentee par Eric Besson, dans un contexte de crise economique, n a pas d autre resultat que de rendre les Francais racistes. L ennui c est que l identite nationale se refere systematiquement a l identite culturelle dont la religion est l une des composantes. Eric Besson, Fadela Amara, .. c est la honte pour le Gouvernement.


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