Pytshens Kambilo, sur les marches du succès
vendredi 8 janvier 2010, Erika Nimis
Après avoir accompagné pendant des années les grands noms de la musique congolaise, Pytshens Kambilo offre désormais une musique qui lui est propre, en recherche permanente. Son album To loba vérité sort en janvier. Déjà sur le net, sa chanson Ndoa et son vidéo-clip accrochent dès la première note ! Rencontre avec cet artiste célèbre dans son pays et encore trop peu connu en France.
Votre album To Loba Vérité sort en ce début d’année 2010. Comment ce nouvel opus est-il né ?
Je compose seul, mais mes influences sont multiples. Je me suis inspiré pour certains morceaux de titres traditionnels de la région du Katanga et d’Equateur. Plus généralement ma musique est un métissage issu de toutes sortes d’inspirations trouvées au gré de mes rencontres et mes voyages en Afrique ou en Occident. Je dois aussi beaucoup aux médiathèques parisiennes qui, depuis que je suis installé en France, m’ont fourni une source inépuisable de découvertes musicales.
Comment êtes-vous devenu musicien professionnel ?
Dans ma famille, il n’y a pas beaucoup de musiciens. J’ai commencé comme tous les enfants de chez nous comme drummer sur casier de bière et suis naturellement passé ensuite à la batterie dans le groupe d’une église. C’est le chef du groupe qui m’a offert ma première guitare. C’étaient les débuts… À ce moment-là, je m’engageais dans des études d’architecture, mais très vite la musique s’est imposée. J’ai accompagné beaucoup de groupes à Kinshasa, peu à peu je me suis fait un nom.
La scène kinoise vous a-t-elle beaucoup inspirée dans votre évolution artistique ?
J’ai joué dans les classes de Jean Goubald, qui est un peu notre Brassens. J’y ai appris les harmonies de l’école. Bebson de la Rue, qui accorde à l’oreille des instruments qu’il fabrique, m’a également beaucoup apporté dans sa manière de transmettre les choses naturellement. J’ai pris tout ça et j’ai voyagé. Je suis plein de rythmes et de sonorités de chez moi, mais je joue d’un instrument inventé ailleurs, donc je continue à travailler en espérant pouvoir dire un jour que je fais du Pytshens. Pour l’instant, c’est un mélange, c’est un travail de recherche. Je cherche, je cherche.
Vous chantez en lingala, bambara, swahili et ndoa... Quatre langues pour un album !
Cinq titres de cet album sont en ndoa, une langue sortie de mon imaginaire pour traduire mon ras-le-bol face à la musique jouée par nombreux de mes pairs. La musique congolaise souffre d’un réel malaise, elle est truffée de « mabanga » (dédicaces) et manque souvent de consistance sur le plan du texte. Je cherche à mettre en avant la grande diversité de notre musique, nous avons environ 450 ethnies au Congo et autant de genres musicaux. Et puis pourquoi les plasticiens auraient-ils le droit de faire des mélanges de différentes couleurs sur leurs toiles que chacun peut interpréter à sa manière et nous les musiciens, ne pourrions-nous pas inventer un langage qui sonne par rapport aux mélodies… Dans d’autres pays, certains mots que j’utilise veulent dire quelque chose et au Congo, les chansons en anglais ont du succès même si on ne comprend pas l’anglais. La musique nous touche ! Avec le ndoa, je laisse la personne libre d’interpréter…
Y-a-t-il pour autant un message particulier dans vos chansons ? Prenez-vous position ou vous impliquez-vous politiquement ?
Je m’implique. Dans Mauvais dirigeant ou dans Fou du roi, que je chante à chaque concert, je parle de nos politiciens. Je fais d’ailleurs le choix de chanter certains couplets marquants en français pour insister ici auprès d’un public mal informé. Ceci dit, j’ai aussi des chansons en lingala. Shot’o par exemple est une incitation à la reconstruction de notre pays par nous même, peuple congolais. Si seulement les artistes renommés chez nous pouvaient parler davantage de ces faits-là, ils ont un vrai pouvoir entre leurs mains !
Vous avez choisi Paris, pourquoi ? Comment y travaillez-vous ?
En fait, je suis partout parce que je suis musicien. Je vais là où la musique m’appelle, je vais peut-être faire une résidence de création à Montréal en 2010 par exemple. Mais c’est vrai que je suis actuellement plus sur Paris. J’avais envie d’aller voir plus loin comment on travaille. À Kinshasa, c’est difficile d’être reconnu si on ne fait pas de la musique « populaire ». C’est aussi à Paris que j’ai pu signer avec un label comme Uncovers Music Limited, qui co-produit mon album et va se charger de le diffuser.
Vous collaborez avec des musiciens européens, notamment avec la française Gaëlle Cotte...
C’est une vrai rencontre ! On avait envie de travailler ensemble et Gatshen’s est né : une contraction simple de nos deux noms puisque nos créations sont un mélange de nos deux univers. Nous avons gagné en 2009, le prix SACEM de la composition originale dans un concours organisé à la salle des Trois Baudets à Paris. Depuis notre duo fait son chemin. Nous sommes actuellement en phase d’enregistrement d’une maquette pour un futur album.
COUP DE COEUR AFRISCOPE
Esperanza Spalding
« Fraîcheur » est le premier mot qui vient en écoutant son deuxième CD. Le précédent, intéressant, très centré sur le style afrocubain, était passé un peu inaperçu. Cette fois, c’est sûr, Esperanza Spalding va exploser. Elle a une voix éblouissante et une technique vocale qui relèguent aux oubliettes bien des chanteuses « jazz » surévaluées de sa génération.
C’est en écoutant le violoncelliste coréen Yo Yo Ma qu’elle a basculé vers la musique : elle est d’abord contrebassiste. Elle est également virtuose de la guitare électrique, et chante aussi bien en anglais qu’en espagnol ou en portugais. Elle n’en fait jamais trop, elle est très expressive et sa spontanéité désarçonne même les meilleurs instrumentistes, y compris Donald Harrison, ex-saxophoniste prodige des Jazz Messengers. Écoutez ce CD et retenez son nom, qui est sûrement celui d’une grande dame de la musique du XXIè siècle : Esperanza n’a encore que 25 ans.







