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Les Secrets de Raja Amari

vendredi 8 janvier 2010, Olivier Barlet

Depuis son succès à la Mostra de Venise 2009, le deuxième long métrage de la tunisienne Raja Amari est très attendu. Ils sort sur les écrans le 24 février. Un film sur les incompréhension et la confrontation de deux mondes.

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Etonnant et troublant huis-clos, Les Secrets se déroule dans une demeure coloniale de la banlieue de Tunis, digne des Mille et une nuits mais que le sceau du temps a rendu dérisoire. Trois femmes de trois générations y vivent cloîtrées dans le logement des domestiques, n’allant dans celui des maîtres, depuis longtemps inhabité, que comme transgressant un interdit. La plus jeune, interprétée par Hafsia Herzi avec la finesse d’expression et la présence corporelle qui font son succès depuis La Graine et le mulet, ne demande qu’à s’extraire de ce monde figé où elle se trouve engluée. Ses expéditions dans la partie des maîtres sont autant de fantasmes de féminité qui trouveront leur fixation lorsqu’apparaît la belle Salma, petite amie de l’héritier venu réinvestir le domaine familial. Les trois femmes hantent le « château » des maîtres et posent leur regard indiscret sur ce monde étranger où le désir et la fête se vivent sans obstacle. La plus jeune franchit le pas mais la rencontre entre le haut et le bas de la maison, entre des classes sociales et des imaginaires si différents, reste impossible : quand Salma découvre le confinement des femmes, elles ne sauront que la séquestrer. C’est pourtant dans cette intimité si corporelle que sauteront les verrous et que les pièges des secrets refoulés se dénoueront.

Construit comme un thriller psychologique, ce film énigmatique est fascinant de bout en bout. Jouant à merveille du labyrinthe des couloirs, la camera de Renato Berta use des lumières diffuses pour représenter l’aliénation tant sexuelle que sociale des femmes. La subtile mise en scène de Raja Amari orchestre le rapprochement des corps et la violence nécessaire de l’émancipation.

Raja Amari confirme là la maîtrise et la maturité de ses courts métrages (Un soir de juillet, Avril) et de son premier long, Satin rouge. Elle signe ici une œuvre lunaire, profondément originale et déstabilisante, dont les sensuelles ramifications ouvrent mille et une pistes de réflexion.

1 h 31, avec Sondos Belhassen, Wassila Dari, Hafsia Herzi.

Production : Akka Films, Films d’ici (Les), Nomadis Images.

Titre original : Dowaha (la berceuse)

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