Gladys Foggéa, la danse au-delà du handicap
vendredi 8 janvier 2010, Namizata Coulibaly
Vous pensez peut-être qu’un paraplégique ne peut pas faire grand chose de son corps ? C’est que vous n’avez jamais vu danser Gladys Foggea, paraplégique depuis l’âge de 13 ans. Voilà déjà une bonne dizaine d’années que cette guadeloupéenne occupe la scène au sein de la compagnie Tatoo.
A 7 ans, Gladys enfile pour la première fois ses chaussons de danse. Elle prend un plaisir infini à s’exercer et rêve de devenir danseuse professionnelle. Quelques années plus tard, un accident de voiture paralyse ses membres inférieurs et la condamne à se déplacer en fauteuil roulant. Elle quitte sa Guadeloupe natale pour suivre sa scolarité dans un établissement spécialisé. Alors qu’elle avait perdu tout espoir, elle fait la rencontre de Florence Meregalli, professeur de danse, qui a pour projet de monter un spectacle avec à la fois des danseurs handicapés et valides. Motivée, Gladys participe à cette aventure qui verra naître, en 1999, la compagnie Tatoo.
Une profession thérapie
Gladys ne se lasse pas de son métier de danseuse, une passion qui l’aide à accepter son handicap et à maîtriser son nouveau corps. Il est rare qu’elle manque un entraînement, sans quoi elle ne se sent pas bien. « Mon corps en a besoin », explique-t-elle. La danse fait partie de son quotidien et lui apporte une sensation de liberté, bien que la « déception de ne pas pouvoir en faire encore plus » continue d’exister.
Au sein de la compagnie, les rapports entre les uns et les autres sont avant tout des rapports entre professionnels. Le handicap est ainsi banalisé et passe au second plan. Une sorte de victoire sur son destin, qu’elle avoue « un peu hachuré par les blessures et les moments de désespoir ».
Une danse originale
Gladys a découvert une nouvelle manière de danser et d’utiliser son fauteuil. Son moment préféré est lorsqu’elle danse à même le sol, sans son fauteuil : de cette manière elle peut redonner vie a ses jambes. À la fin d’une représentation, un spectateur est même venu lui demander si elle était réellement handicapée ! Gladys s’investit pleinement dans la compagnie en animant des ateliers de danse réservés aux personnes handicapées. Une manière pour elle de partager sa passion. Mais ce dont elle rêve par-dessus tout, c’est « d’aller danser en Guadeloupe, pour que tous ceux qui ne m’ont jamais vu danser puissent me voir, et pour leur montrer que la vie ne s’arrête pas avec le handicap, dont on peut faire une force. »
Et Florence Meregalli créa la compagnie Tatoo...
par Mémona Houmba
Danseuse professionnelle, Florence Meregalli fonde en 1989 la compagnie Tatoo. En 1997, alors qu’elle participe à des activités associatives pour les handicapés, on lui propose d’intégrer des personnes non valides à sa compagnie de danse. Son premier spectacle, Modus Vivendi, en 1999, est une révélation aux yeux du public, qui ne tarit pas d’éloge. « Les gens étaient bouleversés par l’inventivité et l’imagination dont on avait fait preuve. » C’est un déclic pour elle, et le début d’une longue pratique mêlant danse et handicap. Le spectacle Situations est présenté en 2003 : dans un décor chaotique, avec des fauteuils roulant renversés, les danseurs handicapés se mêlent aux danseurs valides dans une illusion parfaite, sans qu’on puisse les identifier.
« Il y a beaucoup de créativité à explorer avec les non valides, à travers le langage des signes notamment, qui pourrait faire évoluer la profession », affirme Florence Meregalli. À bon entendeur…
Où et quand ?
Situations
Samedi 20 février à 20h30
Scène Prévert, 23 rue de Paris, 94340 Joinville-le-Pont
Réservations : culturel@ville-joinville-le-pont.fr ou 01 49 76 60 70







